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Eric Westermann, le bel héritier (31/08/2010)
Quand le nouveau maître du « Bubu » prend son envol vers la gloire.
Il est depuis trois ans déjà, maître chez lui, dans ce qui fut la demeure trois fois étoilée de son père. Un signe ? Eric Westermann a mis, à présent, son nom sur la carte, qu'orne une splendide toile de Muhl représentant un paysage d'eau et de forêt dans les tons verts qui trône dans l'entrée du « Bubu ».
Bref, la sérénité règne désormais dans la belle ferme jadis rapportée de Molsheim au coeur du parc de l'Orangerie. Modernisée il y a belle lurette, avec sa belle terrasse d'été, son service relax mais précis, son maître d'hôtel sommelier d'exception, Jean-Marc Zimmermann fidèle à la demeure depuis trois décennies, la maison ne manque pas d'allure.
Elle possède une unique étoile chez Michelin. On attend la seconde pour cette année. On sait que depuis la retraite d'Emile Jung, succédant au départ d'Antoine Westermann pour Paris (au Drouant et chez Mon Vieil Ami dans l'île Saint Louis), il n'y a plus de trois ni même de deux étoiles à Strasbourg injustice ou non, surtout si l'on tient compte de l'aggiornamento opéré par Philippe Bohrer rue de l'Outre. Et on comprend qu'une part de l'avenir gourmand de la ville repose sur les épaules du jeune Eric.
La vérité oblige à dire que tout ce que propose ce grand timide, sage, réservé, comme l'était son père à ses début, mais sûr de ses gestes et de sa manière, est largement au niveau des grandes espérances. Il y a bien une grande maison au coeur de l'or, pas seulement parce que la mise de table est soignée, le service précis, les vins splendides, proposés au mieux de leur fraîcheur et de leur forme (le Muscat de F. Mochel à Traenheim en 2008 éclatant de fruit, le Riesling Clos St Hune de Trimbach en 2003 d'une élégance altière avec une belle longueur en bouche, le Pinot Noir 2005 du Clos St Landelin de René Muré), mais parce que la cuisine suit avec maestria.
L'avenir de l'Alsace gourmande passe par ici
L'Alsace revue au Sud : ce fut ici le style tenu par Antoine ici jadis. Ce natif de Wissembourg a toujours eu le coeur ancré vers le midi, jouant de l'huile d'olive, de l'aubergine, des poissons de l'Atlantique et de la Méditerranée, autant du terroir alsacien avec allant. Eric, qui lui a emboité le pas sur ce terrain n'oublie pas de saluer l'Alsace avec sûreté, tout en jouant la légèreté à sa manière. Il reprend à sa façon docile le chant de la tradition et du plat breveté « Alsace de toujours », avec le soucis de leur faire rendre un son neuf. Ainsi les schniederspaetle ces pâtes « de tailleur » devenues de fins oignons à l'oignon doux, flanquant les cuisses de grenouille au cerfeuil, ainsi le dos de brochet avec ses quenelles soufflées, ses écrevisses pattes rouges en fines bouchées , ses taglioni à la poudre d'orange et sa sauce Nantua. Superbe classicisme hautement dominé et joliment revu !
Côté Sud, les queues de langoustines juste raidies avec encornets, moules et coques, praires et bulot, comme le homard bleu rôti avec sa crème d'asperge tranchée à l'huile de curry, comme le turbot rôti avec nage de coquillage au citron confit sont d'une limpidité et d'une fraîcheur éclatante.
On ajoute pour la note carnassière, les deux beaux exercices de viandes ménagères, devenues sophistiquées, que constituent la pièce de veau de lait élevé sous la mère poêlée et braisée, avec sa fricassée de morilles, ses asperges vertes, ses pommes Macaire, ou le cochon fermier de Lapoutroie avec le carré rôti, la poitrine confite, les gnocchis de pommes de terre et le fricots de jeunes légumes, on se dit que le grand air de la tradition sonne là une musique d'une belle harmonie.
Ajoutons-y des desserts de classe (allumettes feuilletées à la rhubarbe, amandes et sorbet aux fraises ou croustillant café caramel au beurre salé et glace blanche au café), on se dit que le fiston Eric n'est pas indigne des trois étoiles de papa.
Un mot donc au Michelin : allez donc voir ce garçon en pleine force, témoignant d'une maîtrise souveraine et d'une personnalité entière recouvrée.
Et dites vous que l'avenir de l'Alsace gourmande passe inévitablement le beau chemin de l'Orangerie, semé de cigognes du parc tout voisin.
Gilles Pudlowsky - Reflets supplément des Dernières Nouvelles d'Alsace semaine du 10 au 16/07/2010
www.gillespudlowski.com |